La prière personnelle
La prière personnelle s’appuie sur la prière de toute l’Église
En fait, la prière personnelle ne consiste pas à prier pour soi, dans une sorte de relation exclusive entre soi et Dieu. Cela, c’est la méditation. Par exemple, on voit souvent des chrétiens « faire oraison », c’est-à-dire prendre un temps de prière avec un livre à la main, sans doute très spirituel : dès lors, ils méditent ; ils appliquent leur intelligence à s’ouvrir au mystère de Dieu comme à diverses dimensions de la vie spirituelle pour mieux conformer leur vie à leur être chrétien. Ce travail fait appel au mental et est tout à fait honorable. Il peut même arriver que les chrétiens se rassemblent pour méditer ensemble : ils font ce qu’on appelle de la lectio divina.
Mais la prière personnelle proprement dite, c’est autre chose.
La prière personnelle
Prier personnellement, c’est répondre personnellement à l’Être, à Dieu qui nous est parlant. La chose est vraie pour toute l’Église, on l’a vu ; et elle déborde sur chacun de ses membres qui laisse retentir en lui la prière de tout le corps de l’Église.
Donc prier, c’est se mettre à l’écoute du Père, comme le prophète Élie ; comme Jésus. Jésus connaissait les Psaumes par cœur et les récitait chaque jour à voix haute. Quand on nous dit qu’il se retirait dans un endroit désert pour prier, c’était pour réciter les Psaume et des passages de la TORâH. Pour nous, prier revient à se mettre à son école : réciter les psaumes et les passages de l’Évangile que l’on connaît par cœur, ou à défaut que l’on relit.
Dans cette récitation, tout à coup, une phrase ou une autre vient illuminer notre cœur, comme une secousse divine. Laisser alors cette parole nous imprégner, prendre chair en nous. Répondre alors, humblement, soit par la supplication, soit par l’intercession, soit par l’action de grâce, la louange ou l’adoration.
– la supplication quand je suis accablé par la souffrance et que l’épreuve m’écrase.
– l’intercession pour les autres, pour les personnes qui portent des souffrances, qu’elles me soient proches ou éloignées.
– l’action de grâces pour les bontés providentielles dont je suis le bénéficiaire ou le témoin.
– la louange et l’adoration envers Dieu, gardien éternel de la justice et de la miséricorde ;
en qui s’enracine la FOI et l’ESPÉRANCE.
La Parole émanant de ce dialogue fera alors son œuvre en nous, comme l’annonce le prophète Isaïe dans le magnifique ch.55 de son livre :
« Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon.
Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.
La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.
Oui, dans la joie vous partirez, vous serez conduits dans la paix. Montagnes et collines, à votre passage, éclateront en cris de joie, et tous les arbres de la campagne applaudiront. Au lieu de broussailles poussera le cyprès, au lieu de l’ortie poussera le myrte. Le nom du Seigneur en sera grandi : ce signe éternel sera impérissable. » (Is 55,6-13)
Quand les mots nous manquent
Parfois, la réponse s’exprimera en peu de mots, toujours les mêmes, repris au rythme de la respiration.
« Seigneur, Fils de Dieu, Sauveur, prends pitié de moi, pécheur. »
Appelée « prière du cœur », cette réponse que prononcent jusqu’à trois cents fois par jour nos frères orthodoxes au fil du jour, est le fruit patiemment mûri d’une longue fidélité et d’une amoureuse familiarité avec un Dieu dont la Parole est devenue notre nourriture. Cette prière unie au rythme de notre respiration se met au rythme du Souffle saint qui nous prend sous son ombre, priant en nous et avec nous.
C’est alors que l’on grandit peu à peu dans la filiation avec le Père, dans le Souffle de Son Esprit qui, tel le murmure d’une brise légère, fait résonner intérieurement Sa Voix vivifiante. Forts de cette Présence divine, comme un appui, une ressource mystérieuse, nous nous savons bénis. Cela seul suffit.
Nous repartons dans le monde pour y rayonner cette prière. Quels que soient les événements qui nous touchent immanquablement, tristes ou joyeux, notre action devient prière. Par nous passe mystérieusement auprès de nos frères et sœurs, l’appel de Dieu à Le rencontrer et à entrer dans le Royaume de l’Autre-Temps : le Temps PARLANT, VIVANT, VIVIFIANT. Le Temps de l’Éternité qui n’est autre que le Royaume de Dieu ouvert à tout homme de bonne volonté.
(PS. Pour approfondir, on lira avantageusement le magnifique ouvrage de Philippe Lefebvre : Ce que prier veut dire, éditions du Carmel, 2019)
Publié le 14 mai 2025
La prière personnelle
La prière personnelle s’appuie sur la prière de toute l’Église
En fait, la prière personnelle ne consiste pas à prier pour soi, dans une sorte de relation exclusive entre soi et Dieu. Cela, c’est la méditation. Par exemple, on voit souvent des chrétiens « faire oraison », c’est-à-dire prendre un temps de prière avec un livre à la main, sans doute très spirituel : dès lors, ils méditent ; ils appliquent leur intelligence à s’ouvrir au mystère de Dieu comme à diverses dimensions de la vie spirituelle pour mieux conformer leur vie à leur être chrétien. Ce travail fait appel au mental et est tout à fait honorable. Il peut même arriver que les chrétiens se rassemblent pour méditer ensemble : ils font ce qu’on appelle de la lectio divina.
Mais la prière personnelle proprement dite, c’est autre chose.
La prière personnelle
Prier personnellement, c’est répondre personnellement à l’Être, à Dieu qui nous est parlant. La chose est vraie pour toute l’Église, on l’a vu ; et elle déborde sur chacun de ses membres qui laisse retentir en lui la prière de tout le corps de l’Église.
Donc prier, c’est se mettre à l’écoute du Père, comme le prophète Élie ; comme Jésus. Jésus connaissait les Psaumes par cœur et les récitait chaque jour à voix haute. Quand on nous dit qu’il se retirait dans un endroit désert pour prier, c’était pour réciter les Psaume et des passages de la TORâH. Pour nous, prier revient à se mettre à son école : réciter les psaumes et les passages de l’Évangile que l’on connaît par cœur, ou à défaut que l’on relit.
Dans cette récitation, tout à coup, une phrase ou une autre vient illuminer notre cœur, comme une secousse divine. Laisser alors cette parole nous imprégner, prendre chair en nous. Répondre alors, humblement, soit par la supplication, soit par l’intercession, soit par l’action de grâce, la louange ou l’adoration.
– la supplication quand je suis accablé par la souffrance et que l’épreuve m’écrase.
– l’intercession pour les autres, pour les personnes qui portent des souffrances, qu’elles me soient proches ou éloignées.
– l’action de grâces pour les bontés providentielles dont je suis le bénéficiaire ou le témoin.
– la louange et l’adoration envers Dieu, gardien éternel de la justice et de la miséricorde ;
en qui s’enracine la FOI et l’ESPÉRANCE.
La Parole émanant de ce dialogue fera alors son œuvre en nous, comme l’annonce le prophète Isaïe dans le magnifique ch.55 de son livre :
« Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon.
Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.
La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.
Oui, dans la joie vous partirez, vous serez conduits dans la paix. Montagnes et collines, à votre passage, éclateront en cris de joie, et tous les arbres de la campagne applaudiront. Au lieu de broussailles poussera le cyprès, au lieu de l’ortie poussera le myrte. Le nom du Seigneur en sera grandi : ce signe éternel sera impérissable. » (Is 55,6-13)
Quand les mots nous manquent
Parfois, la réponse s’exprimera en peu de mots, toujours les mêmes, repris au rythme de la respiration.
« Seigneur, Fils de Dieu, Sauveur, prends pitié de moi, pécheur. »
Appelée « prière du cœur », cette réponse que prononcent jusqu’à trois cents fois par jour nos frères orthodoxes au fil du jour, est le fruit patiemment mûri d’une longue fidélité et d’une amoureuse familiarité avec un Dieu dont la Parole est devenue notre nourriture. Cette prière unie au rythme de notre respiration se met au rythme du Souffle saint qui nous prend sous son ombre, priant en nous et avec nous.
C’est alors que l’on grandit peu à peu dans la filiation avec le Père, dans le Souffle de Son Esprit qui, tel le murmure d’une brise légère, fait résonner intérieurement Sa Voix vivifiante. Forts de cette Présence divine, comme un appui, une ressource mystérieuse, nous nous savons bénis. Cela seul suffit.
Nous repartons dans le monde pour y rayonner cette prière. Quels que soient les événements qui nous touchent immanquablement, tristes ou joyeux, notre action devient prière. Par nous passe mystérieusement auprès de nos frères et sœurs, l’appel de Dieu à Le rencontrer et à entrer dans le Royaume de l’Autre-Temps : le Temps PARLANT, VIVANT, VIVIFIANT. Le Temps de l’Éternité qui n’est autre que le Royaume de Dieu ouvert à tout homme de bonne volonté.
(PS. Pour approfondir, on lira avantageusement le magnifique ouvrage de Philippe Lefebvre : Ce que prier veut dire, éditions du Carmel, 2019)
Publié le 14 mai 2025
La prière personnelle
La prière personnelle s’appuie sur la prière de toute l’Église
En fait, la prière personnelle ne consiste pas à prier pour soi, dans une sorte de relation exclusive entre soi et Dieu. Cela, c’est la méditation. Par exemple, on voit souvent des chrétiens « faire oraison », c’est-à-dire prendre un temps de prière avec un livre à la main, sans doute très spirituel : dès lors, ils méditent ; ils appliquent leur intelligence à s’ouvrir au mystère de Dieu comme à diverses dimensions de la vie spirituelle pour mieux conformer leur vie à leur être chrétien. Ce travail fait appel au mental et est tout à fait honorable. Il peut même arriver que les chrétiens se rassemblent pour méditer ensemble : ils font ce qu’on appelle de la lectio divina.
Mais la prière personnelle proprement dite, c’est autre chose.
La prière personnelle
Prier personnellement, c’est répondre personnellement à l’Être, à Dieu qui nous est parlant. La chose est vraie pour toute l’Église, on l’a vu ; et elle déborde sur chacun de ses membres qui laisse retentir en lui la prière de tout le corps de l’Église.
Donc prier, c’est se mettre à l’écoute du Père, comme le prophète Élie ; comme Jésus. Jésus connaissait les Psaumes par cœur et les récitait chaque jour à voix haute. Quand on nous dit qu’il se retirait dans un endroit désert pour prier, c’était pour réciter les Psaume et des passages de la TORâH. Pour nous, prier revient à se mettre à son école : réciter les psaumes et les passages de l’Évangile que l’on connaît par cœur, ou à défaut que l’on relit.
Dans cette récitation, tout à coup, une phrase ou une autre vient illuminer notre cœur, comme une secousse divine. Laisser alors cette parole nous imprégner, prendre chair en nous. Répondre alors, humblement, soit par la supplication, soit par l’intercession, soit par l’action de grâce, la louange ou l’adoration.
– la supplication quand je suis accablé par la souffrance et que l’épreuve m’écrase.
– l’intercession pour les autres, pour les personnes qui portent des souffrances, qu’elles me soient proches ou éloignées.
– l’action de grâces pour les bontés providentielles dont je suis le bénéficiaire ou le témoin.
– la louange et l’adoration envers Dieu, gardien éternel de la justice et de la miséricorde ;
en qui s’enracine la FOI et l’ESPÉRANCE.
La Parole émanant de ce dialogue fera alors son œuvre en nous, comme l’annonce le prophète Isaïe dans le magnifique ch.55 de son livre :
« Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon.
Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.
La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.
Oui, dans la joie vous partirez, vous serez conduits dans la paix. Montagnes et collines, à votre passage, éclateront en cris de joie, et tous les arbres de la campagne applaudiront. Au lieu de broussailles poussera le cyprès, au lieu de l’ortie poussera le myrte. Le nom du Seigneur en sera grandi : ce signe éternel sera impérissable. » (Is 55,6-13)
Quand les mots nous manquent
Parfois, la réponse s’exprimera en peu de mots, toujours les mêmes, repris au rythme de la respiration.
« Seigneur, Fils de Dieu, Sauveur, prends pitié de moi, pécheur. »
Appelée « prière du cœur », cette réponse que prononcent jusqu’à trois cents fois par jour nos frères orthodoxes au fil du jour, est le fruit patiemment mûri d’une longue fidélité et d’une amoureuse familiarité avec un Dieu dont la Parole est devenue notre nourriture. Cette prière unie au rythme de notre respiration se met au rythme du Souffle saint qui nous prend sous son ombre, priant en nous et avec nous.
C’est alors que l’on grandit peu à peu dans la filiation avec le Père, dans le Souffle de Son Esprit qui, tel le murmure d’une brise légère, fait résonner intérieurement Sa Voix vivifiante. Forts de cette Présence divine, comme un appui, une ressource mystérieuse, nous nous savons bénis. Cela seul suffit.
Nous repartons dans le monde pour y rayonner cette prière. Quels que soient les événements qui nous touchent immanquablement, tristes ou joyeux, notre action devient prière. Par nous passe mystérieusement auprès de nos frères et sœurs, l’appel de Dieu à Le rencontrer et à entrer dans le Royaume de l’Autre-Temps : le Temps PARLANT, VIVANT, VIVIFIANT. Le Temps de l’Éternité qui n’est autre que le Royaume de Dieu ouvert à tout homme de bonne volonté.
(PS. Pour approfondir, on lira avantageusement le magnifique ouvrage de Philippe Lefebvre : Ce que prier veut dire, éditions du Carmel, 2019)
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Publié le 14 mai 2025